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HYPNOSE ET EQUITATION

Au vu des attitudes des cavaliers, tous par ailleurs passionnés par leur cheval et par l'équitation, il semble intéressant d'adopter un angle de vue alternatif et d'effectuer un parallèle entre l'hypnose et l'équitation.

Les comportements humains dans le cadre équestre m'interpellent depuis très longtemps et encore plus depuis ma formation d'hypnothérapeute.

En préalable, quelques notions liées à cette pratique séculaire.

L'hypnose se scinde en deux techniques fondamentales et distinctes : l'hypnose verbale et l'hypnose non-verbale.

L'hypnose "verbale" ou Eriksonienne également connue sous le vocable d'hypnose conversationnelle doit son origine à Milton H. Erickson (1901-1980). Elle utilise des suggestions indirectes, des métaphores et des scénarios pour communiquer avec l'inconscient du sujet. De fait, elle reste réservée aux humains.

L'hypnose "non verbale" également appelée hypnose mesmérienne en référence à Franz Anton Mesmer (1734-1815). Il a mis en exergue l'énergie universelle qui anime tout Être vivant en travaillant sur l'énergie magnétique individuelle, appelée "magnétisme animal". Elle s'adresse autant aux humains qu'aux animaux qui pour certains maitrisent des techniques qu'y s'apparentent à l'hypnose pour figer et capturer leurs proies.

Il existe différents types d'états hypnotiques :


- L’état hypnoïde : dans cet état, le patient se déconnecte de son environnement. Les muscles se relâchent, les yeux se ferment et il entre dans une détente psychique qui gagne tout son corps et son esprit.

- L’état léthargique : la personne tombe dans un sommeil profond qui permet l'impression de suggestions post-hypnotiques dans le subconscient. Les régressions dans le temps se pratiquent dans cet état de transe.

- L’état cataleptique : dans cet état de catalepsie, les membres restent figés dans la position où ils sont placés. Le corps ne ressent plus aucune douleur et ne réagit pas aux stimulis même douloureux.

- L’état somnambulique : il s'agit d'une transe très profonde durant laquelle le praticien peut créer des hallucinations positives et négatives, déclencher une anesthésie profonde ou effectuer des suggestions post-sophroniques accompagnés de conditionnements.


Les vertus thérapeutiques de l'hypnose sont aujourd'hui reconnues par la science et par la médecine, puisque ces techniques encore incomprises par la plupart permettent de soulager des douleurs, de créer des analgésies ou des anesthésies locales, de se libérer de phobies et de peurs anciennes, de retrouver l'origine d'un traumatisme en interrogeant l'inconscient par une remontée dans le temps jusqu'à la tendre enfance et parfois au-delà.

L'alignement des consciences dont nous avons parlé se pratique en créant un état de conscience intermédiaire entre l'état de veille et l'état hypnoïde. Nous devons rester suffisamment conscients pour maintenir le contrôle de nos pensées et de nos actions, tout en entrant dans un état de calme mental et émotionnel qui correspond à l'état de conscience des chevaux.

Les techniques utilisées s'apparentent aux techniques d'hypnose non verbale et d'auto-hypnose. Vous savez désormais que par des exercices particuliers, nous parvenons à contrôler le mental et par-delà, les émotions. Car les chevaux réagissent par résonance émotionnelle.

Dans cet état de paix intérieure et de conscience renforcée de notre corps et de nos sens, nous parvenons à ce que l'on nomme un état de "conscience de l'instant présent".

Face à un cheval, nous alignons alors nos consciences respectives qui favorisent les échanges d'informations et de perceptions.

Nous devenons alors le "référent" du cheval à condition de maintenir un état de veille suffisant. Nous prenons ainsi le contrôle de son instinct et pouvons établir les bases d'une communication cognitive établie sur une confiance absolue. Car dans le phénomène hypnotique, il y a toujours un opérant et un sujet qui se place sous le contrôle du premier.

La force de caractère, la détermination, le charisme, mais également le calme fascinateur ou le regard hypnotique représentent autant de facteurs d'induction.

Nous catalysons ainsi toutes les potentialités de l'intelligence du cheval qui est alors libéré des entraves de la peur instinctive.

Quand on parle d'hypnose à quiconque, cela suscite immédiatement des inquiétudes liées à juste titre à l'angoisse de la perte de contrôle du libre-arbitre et des potentielles dérives. Les spectacles présentant des célébrités qui se contorsionnent involontairement ou qui suivent des consignes absurdes attisent incontestablement ce regard faussé sur l'hypnose.

Sachez que même sous hypnose, on ne peut obliger quiconque à effectuer quoi que ce soit qui serait antinomique avec sa survie ou la protection de son intégrité physique ou de ses principes moraux.

Pour comprendre le phénomène d'hypnose, demandez-vous s'il vous vous êtes déjà retrouvé plongé émotionnellement dans un film ou dans un livre. Si l'émotion ressentie suscite des larmes alors que vous ne faites rien de plus que d'impressionner votre mental et votre inconscient, on peut en conclure sans aucun doute que vous êtes en état d'hypnose.

La passion équestre présente cette étrange dichotomie qui anime de nombreux équitants. D'un côté, ils aiment leur cheval plus que de raison en sacrifiant pour lui le temps et les économies.

Dans leurs discours, tous les cavaliers réfutent de bonne foi et avec force et conviction toute maltraitance animale. Ils prodiguent les meilleurs soins et attentions à leur compagnon équin.

Et pourtant, ils utilisent des moyens matériels dont le simple bon sens permet d'identifier le niveau d'inconfort et de coercition produit sur le cheval. Mais ils suivent aveuglément des dogmes distillés par un paradigme équestre, conditionnés par des enseignants bien souvent eux-mêmes ignorants de l'art de l'équitation et qui perpétuent de manière inconsciente des pratiques coercitives.

Pour peu que le cavalier entre sur le chemin de la compétition, il se réfère à des stars des podiums qui deviennent des phares, des références, des exemples à suivre.

Or si la compétition ne présente que des vertus de perfection et d'évolution dans son esprit originel, dans les faits, beaucoup de compétiteurs doivent leurs lauriers au prix de la sueur, du sang et de la souffrance ... de leur cheval.

Voilà donc un magnifique exemple, une illustration magistrale de l'hypnose collective et individuelle. Lorsque l'on exerce des pratiques coercitives en toute connaissance de cause à l'encontre de l'objet de son amour et de sa passion, on peut diagnostiquer un état pseudo hypnotique. Il s'agit de cet état de conscience que l'on observe couramment dans nombre de domaines de la société et qui transforme les humains en automates qui semblent dénués de raison.

Souvent le principe de soumission se justifie par la nécessité du principe de sécurité. Tout un chacun s'accorde sur ce fait. Mais désormais, nous savons qu'un chemin alternatif existe.

Les sciences éthologiques, les neurosciences, les sciences du langage et les sciences zoosémiotiques apportent toute la probité indispensable à ce changement de paradigme.

Il suffit de le tester pour modifier son regard et changer son état de conscience. Cela commence par l'éveil du cavalier, ce regard objectif, cette liberté de regard et d'appréciation critique de nos pratiques individuelles.

Il devient conscient de ses actes et responsable de leurs conséquences. Il devient alors un électron libre qui raisonne par lui-même, qui questionne, qui observe, qui réfléchit et qui agit.

Nous ne parlons même pas d'éveil tel qu'il est évoqué dans certaines doctrines spirituelles. Non, nous parlons juste de la réappropriation de sa propre pensée, de son esprit critique et de l'ajustement du regard.

Par principe, tout un chacun devrait refuser toute coercition et toute pratique entrainant de l'inconfort ou de la douleur subie par le cheval.

Par exemple, le noseband est clairement un élément de torture au même titre que les enrênements contraignants. Il n'existe pas de système coercitif acceptable ou défendable. J'entendais un entraineur préconiser un "enrênement doux". Cela n'existe pas. La coercition n'est aucunement acceptable. Les chevaux ne sont ni pervers, ni masochistes. Ils n'ont pas à souffrir des turpitudes et des déviances psycho-psychiatriques des humains. Par le refus de toute coercition, vous créez le préalable à la construction de ce chemin alternatif et vous ouvrez la voie d'une équitation sociosensible établie sur un langage cognitif et respectueux.

Beaucoup de cavaliers hésitent à s'engager sur ce chemin par peur de perdre le contrôle de leur cheval et dans le doute, ils persistent sur le chemin du principe de soumission.

Cette peur justement se transcende et se transmute par l'expérience du langage cognitif sociosensible.

Alignez vos actions à votre passion. Comment peut-on sacrifier quelque chose qui n'a pas de prix pour quelque chose qui n'a pas de valeur ?

L'amour de votre cheval, sa générosité, le bonheur inconditionnel qu'il vous donne n'a pas de prix. Et nombreux sont ceux qui sacrifient ce cadeau de l'universalité sur l'hôtel d'un paradigme qui réduit le cheval au rang d'un outil de production et de valorisation de l'égo, autrement dit un but sans valeur.

C'est pathétique et inquiétant en ce début de siècle ou l'intelligence artificielle s'apprête à prendre le pas sur l'intelligence humaine.

Amis cavaliers, réveillez-vous et éveillez-vous.

Comprenne qui pourra.


Francis Stuck




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