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Le cheval et la vertu du temps

Voilà le premier enseignement de l’équitation.

Pour apprendre à parler la langue cheval, il est indispensable de disposer de temps.

Non pas que la langue soit difficile et qu’elle demande des années d’études et de pratique.

Non, elle exige de la disponibilité et du temps.

Si toutes nos journées sont chronométrées et réglées comme une symphonie souvent pathétique, la perception du temps s’avère fort différente pour le cheval.

Sa journée et sa vie sont ponctuées des seuls impératifs biologiques, manger, boire, se reproduire et jouer pour les jeunes.

Nous avons les montres, les chevaux ont le temps.

Leur perception de la précipitation et du chronométrage de nos disponibilités représente pour eux un stress, une pollution.

Le premier exercice de langage consiste à se tenir près du cheval, la longe détendue, tenue à hauteur du nombril, comme un cordon ombilical qui nous relie à la plus noble conquête de l’homme.

Apprenons ainsi à respirer, à percevoir la vie, à écouter le murmure de chaque instant et à laisser se tisser le lien harmonique.

Ce faisant, dans le silence de l’action et du geste, nous créons un égrégore inter-espèce, un troupeau à deux, une grégarité.

Les fréquences cérébrales s’alignent dans cette quiétude.

Et les esprits se rejoignent.

Le cheval retrouve ainsi l’esprit unifié qui règne au sein du troupeau.

L’arrêt dans l’instant présent présente infiniment plus de vertus que la course effrénée.

Il représente la première et la plus importante des allures.

Car tout se construit dans l’arrêt.

L’appel à l’intelligence du cheval passe par cette notion préalable.

L’organisation de nos temporalités exige que nous nous mettions au travail à heure précise. Les pointeuses sont là pour le vérifier.

Nous passons ainsi sans transition du sommeil au flux de la circulation puis au travail.

Et toute notre vie humaine s’organise ainsi, par habitudes de précipitation et par précipitation des habitudes.

Le cheval exige de nous cette pause préalable, cet arrêt dans l’instant.

Il nous enseigne ainsi que le don du temps représente le plus somptueux des cadeaux.

Car de ce sablier qui égrène, nous ne connaissons pas la quantité de temps restant à notre disposition.

Apprenons à vivre chaque instant comme si c’était le dernier, pleinement, avec intensité et ferveur.

Voilà le premier enseignement du cheval.

Aucune communication n’est possible sans cet arrêt dans l’instant qui dure le temps de poser les passerelles spirituelles.

Mais quand soudain la communication s’établit, nous percevons un flot de sérénité, de quiétude et d’énergie.

Nous expérimentons en conscience la résonance morphique. Nous sommes ainsi reliés à la source. Il suffit alors de laisser couler en nous ce flot d’intelligence transcendentale.

Avançons ensuite lentement d’un ou deux pas, puis retrouvons l’arrêt.

Le cheval nous suit alors naturellement, sans que la longe ne se tende, sans aucun autre geste que l’intention.

L’homme et l’animal sont alors unis dans un même esprit, dans une même grégarité.

L’instant devient alors magique car nous sommes en dehors de l’espace et du temps.

Cette fabuleuse expérience accessible à tout un chacun, nous donne un échantillon de ce que peut être l’action équestre la plus technique lorsqu’elle est imprégnée de cette vertu de patience, de bienveillance et d’harmonie.

Nous cessons alors d’être des automates car la générosité, l’intelligence et les capacités cognitives du cheval font le reste.

L’intention conduit ainsi l’action dans le silence du geste.

Essayez … mais en prenant le temps … c’est magique …

Comprenne qui pourra.


Francis Stuck






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