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Leader ou référent ?

Dans la relation au cheval, le positionnement social de l’un à l’autre représente l’une des clés relationnelles. On a souvent entendu parler de « leader ». En réalité, cette notion est erronée pour plusieurs raisons. Le cheval ne conceptualise pas. De fait, il n’entretient pas de relation basée sur des notions subjectives, ni avec ses congénères, ni avec d’autres espèces. Il ne tient pas compte de la beauté physique, ni de l’intelligence, ni des apparats liés au statut social. De surcroit, les attitudes arbitraires et autoritaires exacerbent son instinct de fuite diamétralement opposé à la notion de confiance. Ainsi, il va réagir au contact de ses congénères et des autres espèces au prorata des situations du moment qui interagissent avec ses besoins vitaux et ses perceptions de l’instinct qui influencent ses centres émotionnels. Il observe, il perçoit et il réagit selon les émotions positives ou négatives produites et ressenties à l’instant. Aussi me semble-t-il plus juste de parler de notion de « référent ». Mais gare, car il faut élargir son spectre de pensée pour ne pas limiter cette notion. Car le cheval, comme tous les animaux en général et les mammifères en particulier, éprouve des besoins différents selon le moment de la journée, selon son tempérament, selon son profil psychologique, selon son positionnement au sein du troupeau ou selon sa relation avec ses congénères. Aussi la notion de référent doit-elle être subdivisée. Nous trouvons ainsi :


- le référent affectif - le référent ludique - le référent alimentaire - le référent cognitif - le référent éthologique


Force est de constater que ces notions ne se retrouvent quasiment jamais regroupées en un seul et même individu, qu’il soit équin ou humain, mais surtout que les variations d'intensité et d'amplitude de chacun de ces éléments référentiels conditionne le comportement du cheval. Dès la naissance du poulain et ce jusqu'au sevrage voire souvent après encore, la jument se positionne naturellement en référent affectif. Elle construit l'équilibre affectif et émotionnel du cheval en devenir. Lorsque le poulain joue avec un congénère voire avec un autre animal, il confirme ses acquis affectifs. Aussi, le référent affectif pourra également être le référent ludique. Les chevaux jouent entre eux surtout lorsqu’ils sont jeunes et qu’ils construisent leur personnalité et leur positionnement social. Les camarades de jeux sont souvent les mêmes qui se font des gratouilles sur le dos et qui se prodiguent des signes de relation affective. Le référent alimentaire n’existe pas dans le troupeau, car après le sevrage, chaque individu cherche et trouve sa propre nourriture, guidé par l'instinct collectif du troupeau. Les chevaux vivant à l'état sauvage passent l'essentiel de leur temps à rechercher de la nourriture. Les chevaux communiquent par résonnance morphique. L’information contenue dans le champ morphique est reçue de manière intuitive et instinctive par les chevaux qui se laissent ainsi guider. Ce n’est donc pas un « leader » qui sait, mais la perception commune d’une information liée à l’instinct qui permet au troupeau de rester uni dans la grégarité. La notion de référent « alimentaire » s’applique donc principalement à l’humain qui vient nourrir le cheval. Si c’est un employé d’écurie qui nourrit, la notion affective est souvent relative. Si c’est le propriétaire du cheval, la nourriture est généralement accompagnée d'un geste affectif qui représente le prolongement de la nature de l’intention perçue par le cheval bien avant le mouvement tactile qui n’est qu’une confirmation. Ainsi le référent alimentaire est parfois également le référent affectif. Dans le troupeau, le référent cognitif est à la fois le cheval qui découvre une nouveauté qui est reproduite par mimétisme par ses congénères. C’est également le cheval plus âgé, expérimenté, dont les attitudes enseignent les comportements à adopter aux plus jeunes. Le référent cognitif pourra également être l’humain qui enseigne au cheval. C’est là que nous comprenons à quel point la notion d’équilibre entre le référent affectif et le référent cognitif est importante. Trop d’affectif risque d’ouvrir le chemin de l’irrespect. Pas assez d’affectif éteint la motivation et la ferveur du cheval. Et la récompense alimentaire ne remplacera jamais l’intention sincère qui se traduit par une caresse affectueuse et non par une claque virile. Le cheval est incorruptible. Enfants ou adultes nous préférons nous sentir aimés et respectés. Une friandise ne remplacera jamais l’affection sincère. C’est encore plus vrai pour le cheval dont les émotions représentent le carburant des actions et des réactions. Le référent éthologique prend la posture du sage expérimenté, celui qui sait, celui que l’on a envie de suivre car il inspire la confiance. Les regards se tournent vers lui et les attitudes individuelles se calquent sur ses attitudes en cas de danger ou de simple doute. Il rassure. La récompense « gratuite » sans raison qui pourrait être cognitive ou simplement bien intentionnée risque d’estomper la notion de référent éthologique. Si la garde émotionnelle s’abaisse et c’est le cheval qui devient le référent éthologique dans cette relation inter-espèces et il refusera les enseignements cognitifs. Le cheval accepte d’apprendre les enseignements d’un référent qu’il respecte et qui le rassure avant tout. Nous savons que le cheval vit avec un instinct dont le curseur bouge continuellement, se déplaçant continuellement sur une ligne entre l’instinct de fuite et l’instinct grégaire, autrement dit, entre la peur et la confiance. La personnalité de chaque individu et notamment le contrôle des émotions associées aux attitudes va positionner les différents curseurs référentiels. Les dysfonctionnements comportementaux sont systématiquement liés à des déséquilibres référentiels. Il en est de même pour les attitudes liées à des refus divers. Pour toutes ces raisons, les cavaliers devraient avant toute chose apprendre à créer un équilibre relationnel qui n’est que l’expression de leur propre niveau de conscience, de connaissance et d’expérience. Ils doivent devenir le référent qui sait par son intelligence, par son discernement, son sens de l’observation et de la perception, adopter l’attitude juste à chaque instant. Il doit endosser le rôle de celui sait, qui aime, qui rassure, qui conduit, qui enseigne et qui instruit, mais toujours dans une relation consciente exempte d'anthropomorphisme. A défaut, ils demeurent de pauvres automates qui tirent sur des ficelles pour tenter de mouvoir une poupée vivante et quant à elle, parfaitement consciente. Ce préalable indispensable permet de construire ensuite un langage équestre cognitif dénué de coercition. Ce n’est qu’après cela que nous entrons dans une pratique équestre empreinte de respect et de confiance qui mène à l’équilibre dans toutes ses interprétations universelles. L’équitation consciente est à ce prix. Mais quel bonheur de vivre cette transmutation alchimique qui ouvre le chemin d’éveil avec le plus merveilleux enseignant qui soit : le cheval. Comprenne qui pourra …


Francis Stuck




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