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CONSCIENCE OU TECHNIQUE

François RABELAIS disait :

"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme".


Je parle d'esprit et de conscience et on me répond technique et travail.

Quand je propose de prendre de la hauteur pour ouvrir le champ de vision, certains comprennent spiritualité, bondieuseries et gouroutisation..

Décidément, le vocabulaire, la sémantique et l'étymologie ne sont pas les points forts de tout le monde.

Chacun lit ce qu'il veut voir ou comprendre et utilise le texte pour en faire un prétexte sorti du contexte.

Bien entendu, tout le monde s'accorde sur le fait que l'équitation se pratique et se perfectionne en selle.

Le sens de l'équilibre et la coordination motrice ne peuvent s'exercer que par la pratique, cela va de soi.

Mais avant le geste, il existe la pensée et en amont de la pensée nous trouvons la conscience.

Cette conscience détermine nos actes, y compris en équitation.

En créant Equisauve en 2000, une association de protection des chevaux, durant les interventions de sauvetage d'animaux martyrs soumis à la cruauté d'humains débiles et cruels, j'ai pris conscience de la réalité de la sensibilité des chevaux et des degrés de souffrances qu'ils peuvent ressentir.

C'est ainsi qu'un jour, en harnachant mon cheval, je regarde le caveçon et je réfléchi à son effet sur l'os nasal qui s'affine vers le bout du nez avec une sensibilité croissante.

Puis je regarde la double bride avec ses effets releveurs et abaisseurs, amplifiés par une gourmette et une muserolle que la norme courante exige de serrer afin que le cheval ne puisse ouvrir la bouche.

En fixant mes éperons sur mes bottes, je m'interroge quant à leur effet pratiqué non pas par une main délicate, mais par des jambes et des talons aux gestes grossiers et arbitraires.

Puis je réfléchi aux effets coercitifs des enrênements divers et variés qui contraignent le cheval dans des postures anti-naturelles et coercitives.

En réalité, le paradigme équestre se construit sur une volonté d'exigence de soumission de la part du cheval.

Autrement dit, nous sommes dans une relation unilatérale : "J'exige et tu te soumets".

Excessif pensez-vous ? Sans doute si nous prenons en compte le niveau de passion de tous les cavaliers. Car tous aiment leur cheval plus que de raison et y consacrent leur temps et leurs économies.

Je ne peux pas comprendre cette dichotomie entre la conscience d'aimer et l'acte de contrition et de souffrance quand bien même il serait infligé au nom d'un paradigme qui annihile la raison et les capacités de réflexion. Car nous sommes des consciences individuelles et nous avons le choix.

L'éveil c'est d'abord la capacité de raisonner par nous-mêmes, la remise en cause de pensées uniques qui nous transforment en automates et la réappropriation de nos sens et de notre volonté.

Oui, le cheval est un Être sensible doté d'une conscience et d'une intelligence.

Quand on s'intéresse à son fonctionnement biologique, on découvre que tout comme nous, il dispose d'un système nerveux autonome qui régit sa respiration, son rythme cardiaque, son système digestif, la circulation du sang et grâce à des capteurs similaires aux nôtres et souvent supérieurs, il se déplace dans un équilibre conforme à son anatomie et en adaptation avec les aspérités de l'environnement ou du terrain.

Il n'a pas besoin des humains pour apprendre à positionner son corps dans l'espace, ni à l'arrêt, ni dans le mouvement.

Je pose la question suivante :

"Comment des humains bipèdes prédateurs peuvent-ils avoir conscience du ressenti d'un animal "proie" quadrupède disposant de sabots et d'un instinct de fuite amplifié ?" Quel péché d'orgueil !

Nos niveaux de conscience, nos intelligences, nos sens, leurs perceptions et nos instincts divergent car chevaux et humains sont différents tant dans leur origine, dans leur évolution que dans leurs spécificités de mobilité et d'intégration dans la temporalité. Alors dans ce merveilleux pays qui se nomme "Théorie", tout en possible, surtout face à un Être qui ne crie pas dans l'inconfort et dans la souffrance.

L'innommable se vulgarise tant que les lauriers et la fortune sont au rendez-vous sur les podiums d'une gloire personnelle fabriquée au prix de la sueur, de la souffrance et du sang ... des chevaux.

Les guerriers de jadis utilisaient les sens de leurs chevaux à leur avantage. Ils formaient un vrai binôme. Durant le combat, le champ de vision étendu du cheval permettait par exemple d'anticiper l'action de l'assaillant qui venait par derrière. Le cheval avait la tête haute pour potentialiser sa vision panoramique. Le cheval était alors le supplétif de son cavalier dans ces épisodes ou la survie mutuelle était engagée.

Chaque cheval est différent tout comme chaque humain. Nous ne sommes pas égaux physiquement. Si nous savons tous marcher ou courir, nous ne présentons pas les mêmes capacités de laxité articulaire.

Nos membres varient en longueur selon notre taille, notre gabarit. En y rajoutant notre caractère, notre détermination, notre niveau de volonté, nous ne pouvons pas tous devenir gymnastes, danseurs ou marathoniens de haut niveau pour ces raisons.

Pourtant, c'est ce que nous demandons aux chevaux. Peu importe leur race, ils doivent rentrer dans le moule d'une exigence normative et pour certains, apprendre à tout faire, envers et contre les prédispositions de races créées par ... les mêmes humains. Une antinomie de plus !

Si la biomécanique a permis de comprendre les actions des muscles, des articulations et des tendons, elle reste imparfaite dans son application pratique car elle reste mécaniste. Comment expliquer sinon que tant de chevaux cessent leur carrière dans la fleur de leur âge ? Rappelons que pour faire un parallèle entre l'âge du cheval et l'âge humain, il faut multiplier par 3 l'âge du cheval. Autrement dit, un cheval de 15 ans correspond à un humain de 45 ans. Peu de chevaux de cet âge se retrouvent en compétition ... car usés prématurément et cassés par un travail inadapté.

Aujourd'hui, nous vivons la plus merveilleuse des périodes au niveau de l'éveil des consciences. Car les sciences viennent désormais prouver et démontrer de manière tangible ce qui n'étaient souvent que des spéculations intellectuelles plus ou moins crédibles. Les neurosciences démontrent tout le fonctionnement de l'esprit avec les interactions endocrinologiques. On sait désormais expliquer l'orgasme et ses sensations par exemple, mais également l'éveil que certains appellent "éveil de la Kundalini" ou "éveil de conscience". Ces processus représentent des interactions entre le corps, la conscience et le mental qui en représente le logiciel. On connait désormais parfaitement les raisons des bienfaits de la méditation, de la musique ou du sport.

Mais la science nous démontre également les interactions entre l'esprit et le corps.

Il en est de même pour l'équitation. Soit nous continuons à regarder le cheval comme un instrument de loisir et de plaisir que nous consommons et nous nous enfermons dans un statut d'automate d'un système moribond. Et les friandises et caresses ne remplaceront jamais une attitude juste.

Soit nous ouvrons notre conscience et nous apprenons à raisonner par nous-mêmes en construisant une relation établie sur le respect et l'harmonie, dénuée de toute coercition, mais augmentée d'un langage interespèce intelligent au prorata de nos buts, de nos disciplines équestres et de nos objectifs.

Cela passe par une remise en question du regard que nous portons sur le cheval et par une modification de notre conscience équestre.

Le Roi Don DUARTE, François BAUCHER, le Colonel DANLOUX, Nuno OLIVEIRA, Jean-François PIGNON en sont des ambassadeurs pour ceux qui savent voir, entendre et réfléchir.

Il n'y a pas de magie derrière cela. Certains ont appréhendé l'art en y associant la voie spirituelle, d'autres la voie alchimique, d'autres la voie mystique, d'autres encore par une compréhension raisonnée des lois universelles. Mais tous ont ouverts leur conscience et ont remis en question le dogme équestre contemporain. Ils ont réfléchi, expérimenté et ont travaillé ... beaucoup ...

L'Equitation de Tradition Française représente un patrimoine culturel extraordinaire tant dans son esprit que dans sa forme.

Si elle intègre les apports des sciences du langage interespèces, des neurosciences et de la zoosémiotique à son héritage séculaire, elle deviendra le phare de l'équitation du futur. A défaut, elle sera confinée au rang d'une pratique qui disparaitra dans les arcanes de l'histoire.

Pour ma part, j'ai appris l'équitation avec un certain nombre d'écuyers de talent qui m'ont permis d'accéder aux airs de la Haute-Ecole.

Mais ma relation aux chevaux et mon art de l'équitation a pris un tournant majeur quand j'ai supprimé tous les matériels coercitifs et arbitraires et que j'ai découvert le langage interespèce cognitif.

Une formation d'hypnothérapeute pour comprendre les arcanes de l'esprit, une passion ininterrompue pour l'alchimie, un intérêt appuyé pour les neurosciences et pour la philosophie m'ont permis d'acquérir la certitude qu'un autre chemin existe pour accéder au passage, au piaffé ou aux changements de pied rapprochés. Tant mes chevaux que mes élèves me le prouvent quotidiennement.

Les chevaux m'ont appris l'unité des consciences de tous les Êtres, quelle que soit leur espèce, leur genre ou leur race. Ils m'ont appris que le Respect représente la valeur primordiale, car sans respect il n'existe ni amour, ni liberté. Il m'ont également appris que le hasard n'existe pas.

Nous interagissons en permanence. Si les humains disposent de cette supériorité de pouvoir décider de leur destiné, ils n'en sont pas moins soumis aux lois de la conscience primordiale universelle que certains appellent Dieu, Bouddha, Allah, Gaïa, Jéhovah, Tao et autres selon leur origine, leur culture ou leur spiritualités. Car les moulins divins moudent lentement mais avec une extrême finesse.

Désormais nous SAVONS, par les découvertes et les démonstrations scientifiques. Et nous avons le choix de rendre les chevaux heureux, de potentialiser leur générosité et leur aptitudes quelles que soient les disciplines, de les respecter et d'obtenir le meilleur d'eux par un chemin alternatif.

Mais cela commence par une modification de notre état de conscience.

Comprenne qui pourra.


Francis Stuck




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