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LES DYSFONCTIONNEMENTS PSYCHOLOGIQUES EQUINS SUITE AUX TRAUMATISMES

Lorsque l'on évoque les dysfonctionnements comportements des chevaux pour des causes traumatiques, on pense généralement à un épisode accidentel ayant entrainé des blessures physiques et psychologiques à l'instar du film "L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux", ou encore suite à des traumatismes vécus par des chevaux martyrs victimes de malveillance humaine.

En réalité, des attitudes ordinaires répétitives engendrant inconfort ou douleur et forcément de la peur produisent les mêmes effets qu'un événement accidentel majeur.

De fait, une utilisation récurrente de matériels arbitraire à des fins de soumission produisent ces effets. C'est le cas des noseband, des muserolles serrées, des mors sévères et autres enrênements.

Mais gare, car une main dure sur des rênes tendues en permanence produisent le même résultat.

Au final, si le cheval reste un animal supplétif de l'homme et naturellement collaboratif, peu à peu, par une utilisation coercitive ou submissive, on fabrique des traumatismes.

Au début, le cheval, selon son tempérament, va essayer de résister par incompréhension.

Il ne comprend pas pourquoi on associe de la douleur à une question à laquelle il répondrait généreusement, pour peu qu'elle soit posée intelligemment et de manière compréhensible.

Ces résistances qui ne sont en réalité que des questionnements, se trouvent souvent interprétées par les cavaliers comme des refus disciplinaires et ils y répondent par des matériels plus coercitifs encore.

On voit ainsi notamment en compétition des chevaux affublés de matériels traumatisants qui n'ont d'autre but que de soumettre le cheval par une douleur progressive.

Les langues bleues et les saignements de bouches en témoignent malheureusement trop souvent.

Alors que se passe-t-il dans la tête de ces chevaux.

Au début, face à l'incompréhension, les chevaux selon leur tempérament et leur profil de caractère vont opposer un peu de résistance.

Et puis vient le moment ou ils se soumettent. En réalité, à compter de cet instant, la relation entre le cheval et son cavalier est rompue.

L'un exige et l'autre essaie de faire au mieux.

Si la douleur se prolonge, le cheval entre alors dans un état appelé "agonal", qui est caractérisé par une série de manifestations physiologiques et comportementales, identique à celui qui précède immédiatement la mort. Le système endocrinien secrète alors de l'endorphine, une hormone qui agit pour rendre la fin de vie plus douce. On observe cela chez les proies qui sont sur le point de mourir sous les crocs d'un prédateur. Les endorphines aident à atténuer la douleur et induisent une sensation de bien-être. Elles sont libérées dans le cerveau en réponse à divers stimuli, y compris la douleur et le stress.

J'ai observé cela à de nombreuses reprises lors de sauvetages de chevaux maltraités.

Il me revient un épisode ou j'ai été spectateur d'une séance de travail d'un écuyer "à la mode" qui essayait de faire piaffer la jument d'un colocataire de l'écurie ou j'avais alors mes chevaux en pension. La jument a d'abord résisté car elle ne comprenait pas le sens des coups de cravache sur la croupe accompagnés d'attaques vives d'éperons avec de surcroit une tension extrême sur les rênes pour soi-disant obtenir le rassemblé.

Au bout de quelques minutes, la jument a commencer à uriner de peur. Et puis elle est entrée en stase. Le cavalier se sentait fier car il avait obtenu une soumission totale.

En réalité, le cheval l'avait abandonné et était entrée dans l'état agonal. Son propriétaire était satisfait du résultat de "soumission" obtenu. Les discussions et remarques extérieures n'ont pas arrêté cette séance de torture ordinaire.

Inutile de préciser que durant ces situations, la notion de référent devient totalement quaduque.

Si le cavalier pense être le "leader" car il obtient des résultats par des techniques arbitraire associées à des matériels coercitifs, il est en réalité dans l'erreur la plus tragique.

Il devient alors un misérable "suiveur" dont le cheval ne tient plus compte. Il y a alors dissociation des consciences. L'un se prend pour un vainqueur et l'autre préfère s'abandonner, quitte à aller jusqu'à la mort.

Voilà des attitudes très ordinaires du paradigme équestre général qui produisent de tels résultats.

Ce sont les petites souffrances cumulées qui produisent les plus grands dysfonctionnements.

Et les carottes et autres friandises ne viennent pas cautériser les plaies psychologiques. Car comme les enfants, les chevaux préfèrent se sentir aimés plutôt que de recevoir une friandise à l'issue d'une action quelconque.

Alors que faire dans ces situations ?

Les chevaux n'ont alors plus aucune confiance dans le genre humain. Tout est à reconstruire dans un esprit de grégarité absolue.

Et cela se passe fondamentalement dans la non-action.

Il faut alors laisser le cheval en box tout en le laisser libérer ses énergies captives une fois par jour. Mais il faut le rejoindre dans le box régulièrement, sans rien faire, sans essayer de le caresser.

Car toute action physique sera associée par sa mémoire à une finalité coercitive et douloureuse.

Il convient d'être là, proche de lui pour associer dans son esprit la présence humaine à une action neutre, sans autre finalité que d'être ensemble dans l'instant présent.

Il faut être là, à côté de lui, sans rien faire. En réalité, par la non-action dans le box, nous lui imposons une présence qu'il va identifier comme non-hostile au fil des jours.

Peu à peu, le cheval va régénérer par lui-même une image positive de l'humain.

Cette phase peut durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines, jusqu'à ce que le cheval revienne naturellement vers vous, chercher un contact.

A compter de ce moment là seulement, une reconstruction "référente" sera possible, accompagnée d'une rééducation intelligente et prolongée par la création d'un langage binaire cognitif.

L'action équestre ne viendra qu'après cela.

Tous les dysfonctionnements comportementaux des chevaux que j'ai vu passer à mon écurie tenaient leurs origines de comportements ordinaires acceptés et reproduits en toute bonne conscience par leurs cavaliers.

L'accès à l'équitation devra intégrer pour le cavalier cette notion de conscience de chaque geste, de chaque action et d'un sens critique objectif quand à l'utilisation des matériels.

Une formation à la psychologie équestre devrait compléter ces bases de connaissances équestres bien plus importantes que la biomécanique.

Comprenne qui pourra.


Francis Stuck





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