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LE LANGAGE EQUESTRE SOCIOSENSIBLE

Dans une précédente publication, je parlais du préalable de l'alignement des consciences du cavalier et du cheval.

Cette première étape permet d'ouvrir un chemin de langage collaboratif et intuitif. Le cheval réagissant par résonance émotionnelle, le contrôle de notre mental s'avère déterminant pour le développement d'un langage interespèces.

La plupart des cavaliers restent dubitatifs face à ces principes issus notamment des neurosciences et des sciences du langage, deux disciplines qui sont parties intégrantes de la zoosémiotique.

Mais le paradigme a la dent dure et seule l'expérience de cet état de conscience permet d'en appréhender la réalité.

Une fois cet alignement de conscience atteint, nous construisons un langage cognitif socio-sensible.

Qu'est-ce qui différencie réellement ce type de langage du langage de soumission que nous connaissons ?

Le langage équestre traditionnel s'appuie sur un langage pratiqué par des "aides artificielles" qui selon leur nature provoquent de l'inconfort voire de la douleur en cas de résistance de la part du cheval.

Le principe même de mise sur la main exige un contact permanent avec les rênes ajustées en permanence. Le cavalier exerce alors une pression autant au niveau de la commissure des lèvres du cheval que sur la langue. Cette tension permanente crée obligatoirement de l'inconfort augmenté par des muserolles serrées, un noseband, une double bride et une gourmette. A ce stade, n'en déplaise aux cavaliers, tout cet attirail dans la bouche du cheval, organe sensible au demeurant, annihile toute forme de douceur collaborative, puisque la tension consécutive créé une douleur permanente. Il suffit de voir l'expression du regard de certains chevaux en compétition pour constater les niveaux de souffrance. Et comme les chevaux ne crient pas face à la douleur, les limites du supportable sont souvent transgressées.

De surcroit, une bouche condamnée avec une langue tuméfiée rigidifie toute la ligne dorsale. On ne peut alors décemment plus parler de légèreté, ni dans le contact, ni dans les allures qui sont robotisées.

Nous ne parlerons pas des enrênements et autres artifices qui soumettent les chevaux dans des postures artificielles dont les traumatismes font le bonheur des cabinets ostéopathiques et vétérinaires.

Ces inconforts et ces douleurs provoquent de plus une exacerbation de l'instinct de fuite qui détruit le statut de référent et qui nécessite alors de fait l'utilisation de matériels coercitifs.

Dans une approche sociosensible cognitive, nous maintenons l'utilisation d'un mors, mais qui soit le plus doux et le plus confortable possible. La muserolle doit être déserrée et les rênes restent quasiment détendues en permanence. La main agit par un geste doux pour "poser la question" et cède immédiatement afin de laisser "répondre le cheval". Ce langage se construit progressivement sur une base binaire.

Mais qui dit binaire ne signifie pas simpliste. Car tout comme en musique, ce langage propose une infinité de nuances.

L’équilibre et la posture se construisent alors dans le mouvement, par un langage qui s’appuie sur les lois universelles de gravitation et non sur une contrainte forcée par des mains et des jambes agressives, renforcées par des éperons, des rênes allemandes ou des gogues.

Nous nous adressons à l'intelligence du cheval. Il suffit d'expérimenter cette approche pour découvrir que les chevaux aiment apprendre.

La communication intuitive créée par l'alignement des consciences permet de comprendre nombre de signaux collaboratifs du cheval. Car son langage est non verbal.

Nous expérimentons alors l'empathie naturelle du cheval. Nous ne parlons pas de perceptions anthropomorphiques, mais bien de la volonté naturelle de collaboration que manifestent les chevaux à l'égard des humains.

Dans cette approche, nous prenons en compte l'existence du système nerveux autonome du cheval. Celui-ci lui permet, tout comme chez humains, d'une part de gérer toutes les fonctionnalités physiologiques naturelles et automatiques comme la respiration ou les battements du coeur, mais également ses déplacements dans l'espace dirigés par des capteurs sensitifs qui agissent sur son oreille interne, siège de son équilibre.

Le mécanisme qui permet de maintenir le positionnement dans l'espace chez le cheval s'appelle l'équilibration. Celle-ci repose sur la présence de plusieurs capteurs labyrinthiques au niveau du vestibule de l'oreille interne. Ce sont les récepteurs sensoriels du labyrinthe statique qui signale la position de la tête.

Ces capteurs appelés macules sont sensibles à l’action de la gravité et renseignent le cerveau sur la position absolue de la tête par rapport à la verticale et donc des mouvements et positions du corps dans l'espace.

En tenant compte de ce paramètre physiologique, nous découvrons que par l'acte équestre traditionnel arbitraire, les cavaliers gênent plus le cheval qu'ils ne l'aident. Ce d'autant plus que le cavalier se trouve lui-même confronté à ses propres difficultés d'équilibre et de coordination motrice.

L'équitation sociosensible se construit donc autour du respect des spécificités anatomiques et de race de chaque cheval. Un hanovrien, un lusitanien, un pur sang arabe ou un quarter-horse ne présentent pas les mêmes critères morphologiques, ni les mêmes prédispositions et doivent donc être appréhendés de manière individualisée.

Chaque race induit des nuances de langage spécifiques.

Dans cette approche, nous collaborons avec le cheval en le laissant intégrer et mâturer les connaissances nouvelles. Par le lien intuitif préalablement créé, nous percevons les demandes, les difficultés ou les inquiétudes du cheval et pouvons ainsi adapter à chaque individu une échelle de progression cohérente. Nous apprenons ainsi à réagir nous-même par résonance émotionnelle et morphique par rapport au cheval.

Le principe de résonance devient ainsi conscient et bilatéral.

Tout comme dans chaque enseignement, nous construisons un chemin pédagogique qui mène à la Basse-Ecole puis à la Haute-Ecole. A titre de comparaison, la Basse-Ecole correspond au collège et au lycée alors que la Haute-Ecole correspond à l'université, aux études supérieures.

Par ce langage socio-sensible dénué de toute coercition, nous expérimentons les capacités cognitives des chevaux ainsi que leur volonté d'apprendre et de collaborer avec un référent dont ils perçoivent des fréquences cérébrales et émotionnelles dénuées de tensions et de stress. Tout est alors plus simple, plus fluide, plus agréable.

Cette approche tend réellement à valoriser le cheval dans ses aptitudes en libérant ses potentialités. En compétition, il va faire preuve de générosité et souvent décupler ses performances. Car un animal libre et heureux se montre motivé et généreux.

Cette approche s'appuie également sur une organisation ludique des séances de travail. Car on apprend mieux en s'amusant et cela potentialise les liens, la complicité interespèce.

Car le cheval peut se sentir aussi bien avec un humain qu'avec un congénère. C'est une affaire de fréquences cérébrales alignées et de langage respectueux sociosensible.

En réalité, n'importe quel cavalier peut s'approprier cette approche, quel que soit son niveau ou son cheval. Il suffit pour cela qu'il réalise la nocivité des matériels et méthodes de soumission, qu'il aligne sa conscience sur celle du cheval en apprenant à contrôler son mental et qu'il apprenne de nouveaux codes de langage cognitif et zoosémiotique. Tout cela est bien plus facile qu'il n'y parait.

Ce n'est en réalité qu'une question de choix.

Mais on ne peut pas décemment dire que l'on aime son cheval quand on l'affuble volontairement de matériels qui produisent de l'inconfort ou de la douleur.

Tant que nous n'avions pas conscience de la réalité sensitivo-cognitive du cheval, nous pouvions feindre l'ignorance.

Mais désormais, nous savons par la probité de la science. De fait, plus rien ne justifie une quelconque souffrance animale, si ce n'est un enfermement dogmatique et aveugle.

La tradition équestre doit évoluer en s'enrichissant des apports de la science pour le bien-être des chevaux et pour le plus grand bonheur des cavaliers. L'équitation en sortira grandie.

Comprenne qui pourra.


Francis Stuck




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